BlogNotes

Mes domaines d'intérêt et de recherche mêlant graphisme, images virtuelles et archéologie

14 mars 2009

Le lavoir-abreuvoir de Bourch (Montesquieu-Avantès et Lescure, 09)

Le 21 mars prochain, l'office de tourisme de Saint-Girons, à l'occasion de la journée mondiale de l'eau, rassemblera nombre d'associations, organismes ou acteurs locaux directement ou indirectement intéressés par ce thème.
Il m'a été proposé d'avoir un stand et d'exposer quelques panneaux ce jour-là sur le lavoir de Bourch, car j'ai l'objectif d'intéresser un maximum de personnes à son sort (à défaut un minimum pourrait suffire), pour envisager les moyens de sa sauvegarde.

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Depuis sa construction, (au courant du XIXème siècle?) il semble avoir constamment été bichonné par ses usagers : les habitants de Bourch (Montesquieu-Avantès), autant que ceux de Samiac (Lescure) et bien sûr leur bétail qui venait s'y abreuver.
Et paradoxalement, il nous est parvenu sans aucune transformation importante, sans "bétonnage", toujours constitué de ces dalles calcaires jointives, maçonnées à la chaux. Il conserve donc toujours son aspect originel et vernaculaire (hormis les tuiles plates, qui, il y a quelques décennies, ont remplacé les tuiles canal).

On peut se réjouir qu'il ait gardé aussi un usage agricole. Mais cette utilisation qui a été jusque là sa chance pourrait peut-être signifier prochainement sa perte. Aujourd'hui les pratiques ont changé. On ne mène plus le bétail, mais on le parque. A Bourch, le lavoir a aussi été parqué et les vaches sont devenues ses usagères exclusives, l'utilisant aussi parfois comme baignoire, et accentuant l'envasement progressif dû à quelques fuites sur l'abreuvoir. Les clôtures, les ronces, l'envasement finissent de fermer le site, et contribuent grandement à l'effacer du paysage comme des mémoires.

Bien sûr, il n'est plus question pour les habitants de venir y faire leur lessive, d'y nettoyer les boyaux du cochon... et le bétail de Lescure, pour se désaltérer, se satisfait du ruisseau qui y prend source.

 

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Mais ce lavoir a tout de même un plus qu'il faut que j'expose ici.

L'eau a toujours été un obstacle important pour le déplacement. Alors le plus ancien tracé routier, encore visible dans le paysage de l'Avantès, fit le choix pour rester à sec de traverser à la source.

L'ancienneté de ce chemin carrossable est attestée, entre Arize et Salat, par de nombreux équipements routiers, dont certains remontent au moins à Charlemagne :

  • Un lieu aux environs de Maury (Mas-d'Azil), appelé au XIème s Tavernulas (Taverne), devait tenir son nom d'un ancien relais d'hospitalité remplacé dans ce rôle au IXème s par l'abbaye bénédictine du Mas d'Azil.
  • Cette antiquité est attestée par tous les toponymes du premier millénaire (Bergerat, Audinac, Arnac, Sentenac, Dougnac, Samiac, Loubercenac...) qui en Couserans se concentrent à proximité du parcours.
  • Au Saret (Mas d'Azil), le nom ancien d'Estelette, comme Lestelle en Comminges, ou l'Etoile à Paris, désignait la bifurcation vers le Séronais, partie orientale et excentrée du Couserans.
  • A Peyrefitte (Lescure), en 1272, une borne (une pierre fichée?) marquait sur la route la limite comtale et diocésaine entre Foix et Couserans.
  • Dans le siècle précédant, le comte de Comminges avait construit son principal château en Couserans sur cette même route, à Montesquieu-Avantès.
  • Et en 1295, il permit aux hospitaliers de Saint-Jean d'équiper l'itinéraire d'un hopital à Audinac (Montjoie-en-Couserans).
  • Peu avant, l'évêque de Couserans et le roi de France, eux-même, avaient pris acte de l'importance de cette route pour le Couserans en y construisant la bastide fortifiée de Montjoie.

Selon Michel Rouche, il y eut sous Charlemagne une reprise en main de la voierie antique aux même fins de contrôle de l'empire. C'est dans cette optique que l'on peut voir l'installation des bénédictins au Mas d'Azil et leur domination sur la haute vallée de l'Arize, véritable relais de l'administration carolingienne. Alors, il fait peu de doute à observer la nature des vestiges comme son utilité première, que notre voie, plus qu'une création nouvelle, servait à l'origine à relier les agglomérations gallo-romaines de Saint-Girons/Saint-Lizier et Saint-Jean-de-Verges.

Pour revenir à notre lavoir, la source s'est donc trouvée dans l'emprise de cette route importante, rare point de stabilité au milieu d'un parcours fluctuant. Et le parcellaire environnant en garde évidemment la trace...

Voici comment j'en rendrai compte le 21...

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Cette route, ligne pérenne dans le paysage, servit donc à délimiter le territoire du comte de Comminges (Montesquieu) de celui de son vassal, le seigneur de Montégut-en-Couserans, (possédant les châteaux de Lescure et Camarade).P1000530

C'est pour cela qu'aujourd'hui, le lavoir-abreuvoir se trouve sur le domaine public, limitrophe des deux communes.

Et c'est peut-être aussi la raison principale du peu d'intérêt qu'il suscite. Périphérique, à l'écart des hameaux, caché dans les broussailles, l'appropriation collective de ce patrimoine s'est diluée progressivement.

Au point que, malgré qu'il soit cité parmi les 7 lavoirs  intéressants à réhabiliter sur le territoire du futur PNR (cf p.109 du rapport consultable sur www.projet-pnr-pyrenees-ariegeoises.com) , il n'a toujours pas pris le départ de la course aux subventions promises par cette structure.

P1000530_transp_redPour inverser la tendance, je ne vois qu'une seule solution, le faire connaître... Et la journée du 21 mars à Saint-Girons sera sûrement une bonne occasion.



08 mars 2009

La Bielo de Lescure

C’est comme cela que le cadastre transcrit le nom de la viela de Lescure.

 

Et aujourd’hui, les habitants l’appellent le village (une des traductions possibles du gascon viela), oubliant quelque peu ses origines médiévales mais reconnaissant ainsi que c’est à partir de ce hameau, plus que de tous les autres, que la seigneurie puis la commune s’est créée.

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Le château (façade nord)

La viela est une agglomération villageoise qui s’est développée autour d’un château féodal (castrum mentionné en 1276) puis s’est entourée de remparts. Rien que de très classique, mais les vestiges visibles laisse imaginer une histoire plus complexe.

Le nom du lieu « la escura » (mentionné en 1183) n’évoque pas une fortification, mais une grange, une écurie, donc plutôt un habitat voué aux activités agricoles. On peut alors raisonnablement supposer que l’église dédiée à Saint-Michel, bien extérieure au château (et mentionnée avant lui en 1195), l’a aussi précédé. De plus cette église semble avoir été elle-même incluse dans une enceinte indépendante...

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Vestiges de l'enceinte ecclésiale (angle sud-est)

Mais comme ni les textes, ni l’archéologie, ne sont prolixes sur Lescure, il était intéressant de faire parler sa structure même, sa forme. Cette morphologie ne semble d’ailleurs pas avoir beaucoup évolué depuis la fin du Moyen-âge, et le cadastre actuel en rend compte.

 

Ce plan cadastral permet (assorti des quelques observations de terrain indispensables) de proposer des phases dans le développement :

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Phases du développement du village de Lescure


  1. Construction d’une église dédiée à Saint-Michel, centre d'un terroir desservi par une voie naturelle (une crête ou serre) depuis la voie antique (Montesquieu-Avantès) (entre le IXème et le XIIème siècle?).
  2. Construction d’un castrum (logis seigneurial et village castral) sur cette route qui dessert le Séronais et Foix, sur le point culminant et en bordure du plateau, par le seigneur de Montégut-en-Couserans, (fin XIIe siècle-début XIIIe siècle).
  3. Agglomération de l'habitat autour de l'église dans une enceinte indépendante du castrum (et donc du seigneur laïque?) (fin XIIIe siècle ou "fort villageois" du XIVe siècle?).
  4. Extension ou déplacement du village castral vers le sud.
  5. Extension vers l'ouest de l'enceinte ecclésiale et jonction des deux fortifications.
  6. Le vaste village fortifié ainsi créé, la viela, aboutit finalement à une forme plus compacte en repoussant un peu plus au nord et au sud, l’enceinte. Il atteint alors son étendue définitive.

Il va sans dire que ce phasage reste hypothétique tant qu'on n'aura pas fait parler un peu plus les archives, notamment celles du sol...

Posté par Denis Mirouse à 17:55 - Archéogéographie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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10 janvier 2009

Voeux antiques, pas en toc

A l'époque antique, pour que ses voeux se réalisent, on bénéficiait des appuis divins. Valerius Justus, habitant gallo-romain de Lescure, a semble-t-il bénéficié de l'aide de Jupiter. Ses voeux de beau temps ont probablement été exaucés, et sans doute les récoltes ont été exceptionnelles, car ses bénéfices d'alors lui ont permis de faire graver ses remerciements à Jupiter dans un beau bloc de marbre blanc (de Saint-Béat?) pour rappeler que :

I(ovi) O(ptimo) M(aximo) [a Jupiter, très bon, très grand]

AUCTORI BONARUM TEMPESTATIUM [garant des bonnes saisons]

VAL(erius) JUSTUS P1030106

Ce magnifique autel votif d'1,20m de haut est parmi les plus beaux mobiliers antiques découverts en Ariège.

Il était en remploi au XVIIIème siècle, dans l'église aujourd'hui disparue de Saint-Aignan, à Lescure.

Les paroissiens l'utilisèrent ensuite comme support de Bénitier dans l'église paroissiale de Lescure jusqu'au début du XIXème siècle où il fut déposé au musée départemental.

S'il n'était propriété du département de l'Ariège et difficilement transportable, il aurait sûrement trouvé sa place dans l'exposition actuelle du musée Saint-Raymond de Toulouse "MARBRES, HOMMES ET DIEUX" parmi 2 autels comparables de même grandeur (le notre est tout de même représenté sur un grand panneau pédagogique).

Il est actuellement visible au château de Foix parmi quelques chapiteaux romans.

Malheureusement, encore en transit (pour rejoindre dans quelques années la collection antique du musée du palais des évêques de Saint-Lizier, dont il constituera sans doute un des pièces maîtresse), il ne bénéficie actuellement d'aucune signalétique.

A défaut d'aller au château de Foix, je vous invite à le découvrir virtuellement  sur le site de sa découverte (grâce au plugin googleearth qui est un bien meilleur moteur 3D que celui en Flash utilisé au dessus).
Un espace voué aux cultes depuis bien longtemps, et  toujours appelé "la gleise" (l'église)  : invocant Jupiter, il y a 2000 ans ; dédié au christ et à Saint Aignan, il y a 800 ans ; et  depuis peu, au  ballon rond...

Venez y faire un tour !

Posté par Denis Mirouse à 11:14 - Modélisation 3D - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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27 octobre 2008

Notre-Dame-du-Clocher à Noguès, Lescure (09)

Pour prolonger un billet précédent qui traite d'une randonnée au départ du clocher de Noguès, je me suis résolu à mettre en ligne une maquette virtuelle des vestiges de cette église.

La maquette est en VRML (Virtual Reality Markup Language), un des rares format standard pour la 3D sur le WEB. Mais ce standard semble tomber en désuétude. Et de toute façon, il faut un plugin que vous n'avez surement pas. J'ai donc préféré faire une capture video de sa visualisation (avec Cortona Player). Et tant pis pour l'interactivité.

Dailleurs, cela m'a permis au passage d'y rajouter un peu de musique (extrait de "Relayer", Yes).

Ce n'est qu'une maquette partielle réalisée en mai 2006, pour tester une méthode et un outil de modélisation architecturale. En l'occurence, il s'agissait de restituer des vestiges, des murs qui ont subi les outrages du temps, des objets architecturaux qui ne peuvent se réduire à des primitives géométriques simples. L'outil que j'ai développé, a aussi l'ambition de permettre une analyse du bâti, en isolant des murs, et dans ces murs des unités stratigraphiques...et pourquoi pas leurs relations.

Ainsi, vous pourrez identifier dans une des parois de la nef, l'encadrement d'une porte en plein cintre et d'un angle de mur, seuls vestiges visibles de l'église romane Sainte-Marie Descofin mentionnée en 1195.

Cette église est devenue, vers la fin du Moyen-âge, l'église paroissiale de la communauté de Lescure. Elle fut agrandie et dotée d'un clocher monumental, sur le modèle de celui de Saint-Sernin de Toulouse.

Mais l'église est restée isolée de l'habitat, uniquement entourée de cyprès. Et peut-être est-ce la raison de sa ruine au courant du XXe siècle...

Aujourd'hui, cet environnement préservé, cet isolement, la singularise et lui confère un fort pouvoir d'évocation. Elle est devenue emblématique de la commune de Lescure.

Une association (Assoc. des Amis du Clocher de Noguès, mairie 09420 Lescure, clocher.nogues@laposte.net ) s'est constituée pour aider la municipalité dans son projet de sauvegarde. Mais la tâche s'avère coûteuse.

Alors, il reste à faire connaître le lieu (à l'écart des routes et des regards) pour que l'intérêt qu'il suscite dépasse le cadre communal... Peut-être cette représentation virtuelle, même inachevée, y contribuera. 

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