A côté de chez moi, à Clermont, s'est créé il y a un peu plus d'un an, un café-épicerie "culturel" appelé le Souleilla. Chaque mois, ce bistrot de pays propose une nouvelle exposition, bien souvent des créations artistiques.

Au mois de juillet dernier, avec Yannick Ledig nous avons proposé un contenu plus archéologique et historique : la présentation succincte et chronologique d'une série de chateaux forts aux alentours de Clermont.

C'était un peu le prétexte à retracer une histoire féodale de la vallée de l'Arize, très mal connue, et aussi une invitation à la découverte de ces sites.

Ce samedi 22 octobre à 18h au Souleilla, sera l'occasion de ressortir cette exposition et de la commenter lors d'une petite conférence gratuite que j'animerai.

A la suite, vous pourrez, en vous inscrivant, prolonger ce moment convivial en partageant un repas médiéval concocté par l'association poulardes et panicauts (pensez à vous incrire avant le 18 octobre!).

En attendant, voici le contenu de l'expo.....


photo D Mirouse1-Durban                                   

Vers 1050

Vestiges du XIème s au XVIIème s

bien conservés.

Accès 10 mn, depuis le village de Durban-sur-Arize

L’histoire des châteaux de l’Arize  commence à Durban.

Depuis l’époque gauloise, la colline de 9 Ha était fortifiée.

Elle le fut à nouveau au XIème siècle, par un chevalier nommé Guillaume Aton.

Les descendants de Guillaume Aton prirent ensuite le surnom de Durban.

Ils se firent les protecteurs et vassaux de l’abbé du Mas d’Azil, seigneur de toute la haute vallée de l’Arize, et limitèrent ainsi les visées expansionnistes des comtes de Foix et de Comminges.


photo D Mirouse2-Montesquieu                                   

Vers 1150

Vestiges du XIIème s au XIVème s

Propriété privée.

Accès 5 mn, depuis le village de Montesquieu-Avantès

 

A partir de 1130, à l’Ouest et au Sud du territoire du Mas d’Azil (Séronais), le comte de Comminges et ses vassaux Couseranais investirent le reste de l’Arize. Pour cela, ils construisaient des châteaux et fondaient des abbayes.

Le territoire appelé Avantès fut alors divisé en trois par le comte de Comminges :

- la partie la plus à l’Est, aujourd’hui Rimont, fut donnée à l’ordre des moines Prémontrés pour y fonder l’abbaye de Combelongue.

- Le territoire central fut laissé au principal vassal du comte de Comminges, le seigneur de Montégut, qui y disposait du château de Lescure.

- les châteaux de Montesquieu et de Contrazy restèrent seigneurie comtale.

De Montesquieu en Avantès, partaient trois routes : les deux du Nord, par Mérigon ou par Camarade, lui permirent de dominer la basse Arize ; celle vers l’Est étendit son emprise jusqu’à Montagagne et le comté de Foix.

 


photo D Mirouse3-Camarade                                   

avant 1186

Entièrement arasé en 1625

Accès depuis le hameau de la Vielle à Camarade.

Sur un chemin de crête et au bord du Plantaurel, la position de Camarade a toujours été stratégique. Elle est à l’origine de son nom gaulois CAMA-(chemin) et RANDA (frontière).

Les hauteurs de Camarade furent un passage obligé pour les chevaliers commingeois qui y construisirent un castrum (château).

Cette voie leur permettait de joindre en sécurité la basse vallée de l’Arize puis au nord la seigneurie de Muret, intégrée au Comminges depuis 1150.

En 1247, le château fut finalement occupé par le comte de Foix, qui en fit le chef-lieu de la châtellenie de l’Arize et construisit celui de Montfa.

 


photo H Janson4-Alzen                                   

avant 1167

Photographie Henri Janson pour les éditions Labouche, vers 1910

Arasé au XVIIIème s

Accès 5mn depuis le hameau des Paulis à Alzen.

 

En bordure orientale du bassin de l’Arize, Alzen avait une position importante au XIIème s. Il était intégré à une vaste seigneurie qui allait de Pailhès et Sabarat à Rabat et qui ne dépendait que de Toulouse.

Le comte de Foix récupéra ce château en s’alliant au comte de Toulouse. Cela lui permit de poser un pied en Couserans et venir confronter les territoires du Mas d’ Azil, de Pailhès et du comte de Comminges. Cette frontière devenue sensible fut alors stabilisée en la confiant à des ordres religieux, commanderie hospitalière de Gabre ou abbaye de Combelongue.

Ces tensions et petites guerres finirent de s’apaiser en 1209, avec la croisade contre les cathares. Alors, tous ces seigneurs firent front commun contre les croisés qui venaient menacer leurs proches et leurs biens.

 


photo D Mirouse5-Tour du Loup                                  

1243

Transformé en ferme au XIXème s

Propriété privé

Visite possible lors des journées du patrimoine.

 

Vers 1242, à la fin de la croisade contre les cathares, le comte de Toulouse résistait encore mais le comte de Foix se rangea auprès du roi de France, Saint Louis.

Pierre de Durban resta fidèle au comte de Toulouse et à la cause cathare. Tandis que ses cousins, coseigneurs de Durban, de gré (Guillaume Bernard d’Arnave) ou de force (Arnaud de Marquefave), prirent le parti du comte de Foix et de son oncle Loup. 

Les deux partis ennemis se construirent alors chacun un château dans la seigneurie de Durban.

Loup de Foix , sans l’accord de l’abbé du Mas d’Azil, édifia un castrum à Antusan dont il fit l’hommage au comte de Foix. Trois ans plus tard ce castrum était appelé bastide d’Antusan, et aujourd’hui « Tour du Loup ».

En vis-à-vis, Pierre de Durban édifia le castrum de Larbont, dont il fit hommage au comte de Toulouse, oubliant aussi les droits de l’abbé du Mas d’Azil.

 


photo H Janson6-Castelnau                                  

Vers 1246

Photographie Henri Janson pour les éditions Labouche, vers 1910

Vestiges du XIIIème s au XVIIIème s

Propriété privée

Accès routier jusqu’à la chapelle.

 

La situation de faiblesse de l’abbaye du Mas d’Azil par rapport à ses chevaliers, batailleurs et divisés, amena l’abbé en 1246 à s’allier avec le comte de Foix en signant un accord de « paréage » (« pour agir »).

Cet accord assura la protection comtale à l’abbaye, mais concéda aussi la moitié de la seigneurie au comte.

Les châteaux de Castelnau-Durban et de Roquebrune (à proximité de la grotte du Mas d’Azil),  récemment construits, en faisaient partie.

 


photo D Mirouse7-Roc d’Azil                                   

1246

Vestiges en contrebas, transformés en ferme

Propriété privée

Accès au dolmen de Brillaud ou Saint-Martin, 10mn depuis la ferme de La Fage au Mas d’Azil.

 

Après l’accord de 1246 sur la haute vallée, le comte de Foix voulait récupérer ensuite la basse vallée de l’Arize. Pour cela,  la « roche d’Azil », l’intéressait particulièrement. Elle s’accroche au Plantaurel (route vers Camarade) et surplombe Portecluse (route vers Campagne et la basse Arize).

Mais, toute proche du dolmen de Brillaud, la roche d’Azil avait été anciennement dédié à saint Martin. Aussi, les abbés ne pouvaient en laisser jouir le comte qu’en cas de guerre.

Un petit castrum fut tout de même construit en contrebas (aujourd’hui transformé en ferme), occupé pour moitié par une église Saint-Martin.

Il fut très vite délaissé au profit de Camarade que le comte de Foix récupéra dès l’année suivante, en 1247.

 


photo D Mirouse8-La Bastide de Sérou                                  

Avant 1252

Château arasé au XVIIe s

Vestiges de l’enceinte villageoise du XIVe s

Propriété privée

La domination fuxéenne bien établie, le temps était venu d’administrer et de développer le territoire en créant des villes.

A Durban, Camarade et au Mas d’Azil, des maisons étaient déjà regroupées autour du château et de l’abbaye. En Séronais il fallait créer ces villes en attirant la population par des libertés nouvelles.

Le comte de Foix le fit sur un territoire appelé Nant au pied d’une colline appelée Montesquieu (car sans doute précédemment fortifiée par les commingeois) . Cette ville neuve dénommée ensuite Bastide de Sérou, supplanta la Bastide d’Antusan (Tour du loup).

Plus tard en 1257, Loup de Foix fit de même à Castelnau pour créer une petite ville au pied du château le long de la route Foix-Saint-Girons.

 


photo D Mirouse9-Clermont                                  

Vers 1272

Vestiges du XIIIe ou XIVe s

Accès routier 2mn depuis le village de Clermont

La création de villes et de marchés est à l’origine de nouvelles voies commerciales.

La bastide de Rimont, fut fondée en 1272, sur le territoire de l’abbaye de Combelongue. Sur la route qui la reliait au Mas d’Azil, le comte de Foix établit alors, une dernière fortification appelée Clermont, aux portes du comté.

Comme Mauvezin, Clermont fut construit sans doute dans la grande seigneurie de Camarade dont le comte de Foix venait de s’assurer définitivement la propriété.

La seigneurie ne s’en détacha qu’en 1491, quand elle fut donnée à Arnaud de Castéras, en récompense de services rendus à la comtesse de Foix, Catherine de Navarre.