Le samedi 20 juin dernier, un certain nombre d'habitants du Volvestre organisés en association (PATRIMOINE ET PAYSAGES EN VOLVESTRE www.volvestre-patrimoine.info), ont remonté le cours du Volp jusqu’à Montesquieu-Avantès, pour approcher son célèbre réseau souterrain (www.cavernesduvolp.com), ainsi que  le château-fort qui a donné son nom à la commune.
Pascal Audabram qui a particulièrement étudié l’architecture du site, ainsi que moi-même avons pu à cette occasion exposer quelques résultats de nos recherches, et profiter d’un auditoire attentif et avisé. Parmi eux Gérard Pradalié, enseignant-chercheur médiéviste aujourd'hui en retraite, porta  notamment un regard indéniablement neuf sur le site. Il nous l'expose aujourd’hui dans son compte-rendu que je vous invite à lire .

(http://www.volvestre-patrimoine.info/index.php?option=com_content&task=view&id=55&Itemid=31)

Pascal et moi remercions cette association d’avoir porté l’attention sur ce patrimoine couserannais négligé. Elle nous donne aussi l’occasion d’apporter dans ce billet, quelques informations supplémentaires non négligeables.

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Le château
Comme il est dit « le château de Montesquieu est un ensemble difficile à dater ». Sa forme, ses techniques de constructions ne se réfèrent pas au premier abord à des types connus qui nous les situeraient dans le temps. On n’y voit pas de donjon, une tour-maîtresse qui aurait servi de résidence, ou symbolisé la domination d'un seigneur. On y voit plutôt un ensemble de 3 enceintes concentriques qui auraient pu servir à protéger une population villageoise lors de périodes troublées. Et Gérard Pradalié a bien relevé l’usage fait de ces fortifications au XVIe s lors des guerres de religion.

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plan du château réalisé par Pascal Audabram

Mais pourtant, à bien y regarder (et c’est ce que Pascal a fait depuis mars 2007 et une première visite de notre groupe de chercheurs chateaux09.free.fr), ce château n’est pas si différent des autres fortifications médiévales Couserannaises que nous commençons maintenant à mieux connaître.

Il ne faut pas s’étonner d’une « faible » épaisseur des murs (90cm), elle est commune à bien d’autres enceintes très proches, comme celle de Sainte-Catherine (Balaguères). Ces tours rondes et pleines rajoutées aux angles, se retrouvent aussi, dans une même configuration et facture, à Sainte-Catherine comme à Caumont. Et l’absence de tour maîtresse (que l’on observe aussi à Lescure) n’est peut-être, dans ces broussailles, qu’apparente, comme ce fut le cas à Sainte-Catherine et Mirabat (Seix), où seules les fouilles récentes ont révélé les bases de donjons.

Dans ces châteaux, les plus anciens indices d’occupation tendent vers la fin du XIIe s ou le tout début du XIIIe s. Celui de Montesquieu était lui aussi forcément construit en 1195 quand il donnait son nom, de mont « esquiu » (farouche) à la paroisse qui l’entoure (« ecclesiam de Monteschivo et de Miramonte cum decimis suis »). Il est ensuite confirmé comme château en 1295 (« castrum seu villam Montesquivi de Aventesio »). Et l’enceinte trapézoïdale, malgré son apparente régularité tient sa forme de ce qu’elle occupe le sommet du rocher dont elle suit le dessin, comme la majorité des fortifications médiévales de nos pays montagnards.

Laissons parler Pascal Audabram qui précise : "Les analogies entre les parements de divers sites couserannais étudiés dans mon mémoire de Master I et dans le cadre du PCR apparaissent également comme des indices supplémentaires d’ancienneté du site de Montesquieu. Par exemple, l’enceinte inférieure paraît postérieure à l’enceinte supérieure. Elle est constituée d'un appareil différent qui évoque les procédés de construction en cours fin XIIIe, XIVe et au-delà (l’esthétisme de l'appareil passe au second plan). On retrouve ces analogies dans les murs de Caumont ou de l’enceinte extérieure de Cazavet. L’enceinte supérieure présente davantage des caractéristiques de la fin du XIIe ou du début du XIIIe, où l'appareil est moins bien agencé qu'au cours du XIIe siècle, tout en conservant un aspect esthétique. On retrouve ces spécificités dans d'autres sites couserannais pouvant dater de la même période (enceinte supérieure de Cazavet ou enceinte extérieure de Durban par exemple)."
Une typochronologie qui a ses limites mais qui donne des repères solides.
Pascal a aussi retrouvé, dans le mur est, la trace de ce qui semblait être la porte unique et primitive. Elle était aménagée au point culminant et donnait donc sur un vide, un accès amovible. Une façon bien médiévale  (XI-XIIIe) de protéger au mieux les entrées, que j’ai voulu illustrer par une petite reconstitution hypothétique.

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Au regard de notre connaissance très partielle du site, et des données collectées au sein de notre Programme Collectif de Recherche ces dernières années (chateaux09.free.fr), c’est bien les XII-XIIIe siècle qu’on doit d'abord proposer pour dater cette enceinte sommitale.

Une fortification comtale

Au début du XIII°s, le comte de Comminges exerce une domination sur tout le Couserans (hormis le Séronais) . La vicomté du Couserans récemment extraite ne concerne que la haute vallée du Salat (en amont de Saint-Lizier) et reste sous la coupe du comte. Les domaines de l'évêché sont disputés (Saint-Lizier, Bédeille, Tourtouse, Montardit, Cérizol) mais ne sont mis sous la domination française  qu’à partir de 1216 (Simon de Montfort). Le Castillonais et le Bas Salat (en aval de Saint-Lizier) dépendent alors toujours de Comminges.

A l’Est, Montesquieu et Contrazy ne sont donc pas seuls sous domination Commingeoise, il faut leur rattacher Lescure (aux mains du seigneur de Montégut, premier vassal du comte, ainsi que Camarade jusqu’en 1208) une bonne part de l’actuelle commune de Montjoie (Belloc, Audinac, Arnac, Lara...) et aussi les terres de Combelongue (jusqu’en 1272 pour devenir Rimont), c'est-à-dire probablement toute la contrée appelée alors Avantès. Ces terroirs se trouvent effectivement en avant, aux marges du comté, supposant l’aspect stratégique de leur fortification.

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Limites orientales du comté de Comminges au début du XIIIe s

Et c’est un fait que la porte orientale du Couserans (et donc du Comminges) donne sur Montesquieu. Aucune autre route vers le comté de Foix que celle qui passe au pied du château n’a donné autant d’indices d’ancienneté et influé autant sur l’occupation du sol. La présence du château-fort de Montesquieu, seul édifice sous la domination directe du comte ne vient que confirmer l’importance de la route.

Les tours de flanquement

Les tours rondes et pleines rajoutées aux angles, si originales mais pas uniques en Couserans, posent un problème spécifique. Je me dois de citer alors Philippe Rouch, concernant " Le château de Sainte-Catherine de Balaguères (canton de Castillon en Couserans, Ariège), un castrum de montagne, premiers résultats de la recherche" (dans Châteaux Pyrénéens au Moyen Age. Naissance, évolutions et fonctions des fortifications médiévales en Comté de Foix, Couserans et Comminges, La Louve Éditions, 2009, p.234-235) :
« En tous les cas, l’adjonction de cette tour pleine [il en a trouvé une seconde lors de la campagne 2008] semble  répondre à un souci de militarisation de la partie seigneuriale…Le schéma technique de cette tour pourrait s’inspirer d’un modèle Philippien, au moins dans ses intentions, reconnu sur d’autres sites, notamment au château de Montesquieu-Avantès (09), où les tours rondes de dimensions voisines ont comme ici été accolées sans chainage à l’enceinte d’origine…Si l’on prend en compte les données archéologiques du sondage…les modifications importantes apportées à l’enceinte seigneuriale pourraient se placer dans une fourchette contemporaine de la deuxième moitié du XIII°s. »

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Tour ronde dégagée à Sainte-Catherine (Balaguères)

Philippe situe donc aussi ces fortifications sommitales dans un contexte franchement médiéval. Et le regard « moderniste » de Gérard Pradalié sur le « fort » de Montesquieu (tel qu’appellé en 1642), proposant en filigrane les tours rondes comme le complément XVIe d’une fortification du XIVe s, constitue en conséquence une proposition originale, à même d’alimenter la recherche.

Recherche qui ne fait que commencer au château de Montesquieu-Avantès !