20 mars 2009

Du neuf à Bourch

Un courageux bucheron a eu la bonne idée de venir faire du bois sur la parcelle attenante au lavoir (côté Lescure). Que ce Couseranais soit remercié, car maintenant on peut voir le lavoir depuis la route (celle de la fin du XVIII°s). Et nul doute que cela peut contribuer grandement à le sortir de l'oubli...

Un petit panoramique à 360° pour fêter l'évènement.

Posté par Denis Mirouse à 12:48 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


14 mars 2009

Le lavoir-abreuvoir de Bourch (Montesquieu-Avantès et Lescure, 09)

Le 21 mars prochain, l'office de tourisme de Saint-Girons, à l'occasion de la journée mondiale de l'eau, rassemblera nombre d'associations, organismes ou acteurs locaux directement ou indirectement intéressés par ce thème.
Il m'a été proposé d'avoir un stand et d'exposer quelques panneaux ce jour-là sur le lavoir de Bourch, car j'ai l'objectif d'intéresser un maximum de personnes à son sort (à défaut un minimum pourrait suffire), pour envisager les moyens de sa sauvegarde.

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Depuis sa construction, (au courant du XIXème siècle?) il semble avoir constamment été bichonné par ses usagers : les habitants de Bourch (Montesquieu-Avantès), autant que ceux de Samiac (Lescure) et bien sûr leur bétail qui venait s'y abreuver.
Et paradoxalement, il nous est parvenu sans aucune transformation importante, sans "bétonnage", toujours constitué de ces dalles calcaires jointives, maçonnées à la chaux. Il conserve donc toujours son aspect originel et vernaculaire (hormis les tuiles plates, qui, il y a quelques décennies, ont remplacé les tuiles canal).

On peut se réjouir qu'il ait gardé aussi un usage agricole. Mais cette utilisation qui a été jusque là sa chance pourrait peut-être signifier prochainement sa perte. Aujourd'hui les pratiques ont changé. On ne mène plus le bétail, mais on le parque. A Bourch, le lavoir a aussi été parqué et les vaches sont devenues ses usagères exclusives, l'utilisant aussi parfois comme baignoire, et accentuant l'envasement progressif dû à quelques fuites sur l'abreuvoir. Les clôtures, les ronces, l'envasement finissent de fermer le site, et contribuent grandement à l'effacer du paysage comme des mémoires.

Bien sûr, il n'est plus question pour les habitants de venir y faire leur lessive, d'y nettoyer les boyaux du cochon... et le bétail de Lescure, pour se désaltérer, se satisfait du ruisseau qui y prend source.

 

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Mais ce lavoir a tout de même un plus qu'il faut que j'expose ici.

L'eau a toujours été un obstacle important pour le déplacement. Alors le plus ancien tracé routier, encore visible dans le paysage de l'Avantès, fit le choix pour rester à sec de traverser à la source.

L'ancienneté de ce chemin carrossable est attestée, entre Arize et Salat, par de nombreux équipements routiers, dont certains remontent au moins à Charlemagne :

  • Un lieu aux environs de Maury (Mas-d'Azil), appelé au XIème s Tavernulas (Taverne), devait tenir son nom d'un ancien relais d'hospitalité remplacé dans ce rôle au IXème s par l'abbaye bénédictine du Mas d'Azil.
  • Cette antiquité est attestée par tous les toponymes du premier millénaire (Bergerat, Audinac, Arnac, Sentenac, Dougnac, Samiac, Loubercenac...) qui en Couserans se concentrent à proximité du parcours.
  • Au Saret (Mas d'Azil), le nom ancien d'Estelette, comme Lestelle en Comminges, ou l'Etoile à Paris, désignait la bifurcation vers le Séronais, partie orientale et excentrée du Couserans.
  • A Peyrefitte (Lescure), en 1272, une borne (une pierre fichée?) marquait sur la route la limite comtale et diocésaine entre Foix et Couserans.
  • Dans le siècle précédant, le comte de Comminges avait construit son principal château en Couserans sur cette même route, à Montesquieu-Avantès.
  • Et en 1295, il permit aux hospitaliers de Saint-Jean d'équiper l'itinéraire d'un hopital à Audinac (Montjoie-en-Couserans).
  • Peu avant, l'évêque de Couserans et le roi de France, eux-même, avaient pris acte de l'importance de cette route pour le Couserans en y construisant la bastide fortifiée de Montjoie.

Selon Michel Rouche, il y eut sous Charlemagne une reprise en main de la voierie antique aux même fins de contrôle de l'empire. C'est dans cette optique que l'on peut voir l'installation des bénédictins au Mas d'Azil et leur domination sur la haute vallée de l'Arize, véritable relais de l'administration carolingienne. Alors, il fait peu de doute à observer la nature des vestiges comme son utilité première, que notre voie, plus qu'une création nouvelle, servait à l'origine à relier les agglomérations gallo-romaines de Saint-Girons/Saint-Lizier et Saint-Jean-de-Verges.

Pour revenir à notre lavoir, la source s'est donc trouvée dans l'emprise de cette route importante, rare point de stabilité au milieu d'un parcours fluctuant. Et le parcellaire environnant en garde évidemment la trace...

Voici comment j'en rendrai compte le 21...

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Cette route, ligne pérenne dans le paysage, servit donc à délimiter le territoire du comte de Comminges (Montesquieu) de celui de son vassal, le seigneur de Montégut-en-Couserans, (possédant les châteaux de Lescure et Camarade).P1000530

C'est pour cela qu'aujourd'hui, le lavoir-abreuvoir se trouve sur le domaine public, limitrophe des deux communes.

Et c'est peut-être aussi la raison principale du peu d'intérêt qu'il suscite. Périphérique, à l'écart des hameaux, caché dans les broussailles, l'appropriation collective de ce patrimoine s'est diluée progressivement.

Au point que, malgré qu'il soit cité parmi les 7 lavoirs  intéressants à réhabiliter sur le territoire du futur PNR (cf p.109 du rapport consultable sur www.projet-pnr-pyrenees-ariegeoises.com) , il n'a toujours pas pris le départ de la course aux subventions promises par cette structure.

P1000530_transp_redPour inverser la tendance, je ne vois qu'une seule solution, le faire connaître... Et la journée du 21 mars à Saint-Girons sera sûrement une bonne occasion.

Posté par Denis Mirouse à 09:59 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
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08 mars 2009

La Bielo de Lescure

C’est comme cela que le cadastre transcrit le nom de la viela de Lescure.

 

Et aujourd’hui, les habitants l’appellent le village (une des traductions possibles du gascon viela), oubliant quelque peu ses origines médiévales mais reconnaissant ainsi que c’est à partir de ce hameau, plus que de tous les autres, que la seigneurie puis la commune s’est créée.

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Le château (façade nord)

La viela est une agglomération villageoise qui s’est développée autour d’un château féodal (castrum mentionné en 1276) puis s’est entourée de remparts. Rien que de très classique, mais les vestiges visibles laisse imaginer une histoire plus complexe.

Le nom du lieu « la escura » (mentionné en 1183) n’évoque pas une fortification, mais une grange, une écurie, donc plutôt un habitat voué aux activités agricoles. On peut alors raisonnablement supposer que l’église dédiée à Saint-Michel, bien extérieure au château (et mentionnée avant lui en 1195), l’a aussi précédé. De plus cette église semble avoir été elle-même incluse dans une enceinte indépendante...

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Vestiges de l'enceinte ecclésiale (angle sud-est)

Mais comme ni les textes, ni l’archéologie, ne sont prolixes sur Lescure, il était intéressant de faire parler sa structure même, sa forme. Cette morphologie ne semble d’ailleurs pas avoir beaucoup évolué depuis la fin du Moyen-âge, et le cadastre actuel en rend compte.

 

Ce plan cadastral permet (assorti des quelques observations de terrain indispensables) de proposer des phases dans le développement :

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Phases du développement du village de Lescure


  1. Construction d’une église dédiée à Saint-Michel, centre d'un terroir desservi par une voie naturelle (une crête ou serre) depuis la voie antique (Montesquieu-Avantès) (entre le IXème et le XIIème siècle?).
  2. Construction d’un castrum (logis seigneurial et village castral) sur cette route qui dessert le Séronais et Foix, sur le point culminant et en bordure du plateau, par le seigneur de Montégut-en-Couserans, (fin XIIe siècle-début XIIIe siècle).
  3. Agglomération de l'habitat autour de l'église dans une enceinte indépendante du castrum (et donc du seigneur laïque?) (fin XIIIe siècle ou "fort villageois" du XIVe siècle?).
  4. Extension ou déplacement du village castral vers le sud.
  5. Extension vers l'ouest de l'enceinte ecclésiale et jonction des deux fortifications.
  6. Le vaste village fortifié ainsi créé, la viela, aboutit finalement à une forme plus compacte en repoussant un peu plus au nord et au sud, l’enceinte. Il atteint alors son étendue définitive.

Il va sans dire que ce phasage reste hypothétique tant qu'on n'aura pas fait parler un peu plus les archives, notamment celles du sol...

Posté par Denis Mirouse à 17:55 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
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