Le 21 mars prochain, l'office de tourisme de Saint-Girons, à l'occasion de la journée mondiale de l'eau, rassemblera nombre d'associations, organismes ou acteurs locaux directement ou indirectement intéressés par ce thème.
Il m'a été proposé d'avoir un stand et d'exposer quelques panneaux ce jour-là sur le lavoir de Bourch, car j'ai l'objectif d'intéresser un maximum de personnes à son sort (à défaut un minimum pourrait suffire), pour envisager les moyens de sa sauvegarde.

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Depuis sa construction, (au courant du XIXème siècle?) il semble avoir constamment été bichonné par ses usagers : les habitants de Bourch (Montesquieu-Avantès), autant que ceux de Samiac (Lescure) et bien sûr leur bétail qui venait s'y abreuver.
Et paradoxalement, il nous est parvenu sans aucune transformation importante, sans "bétonnage", toujours constitué de ces dalles calcaires jointives, maçonnées à la chaux. Il conserve donc toujours son aspect originel et vernaculaire (hormis les tuiles plates, qui, il y a quelques décennies, ont remplacé les tuiles canal).

On peut se réjouir qu'il ait gardé aussi un usage agricole. Mais cette utilisation qui a été jusque là sa chance pourrait peut-être signifier prochainement sa perte. Aujourd'hui les pratiques ont changé. On ne mène plus le bétail, mais on le parque. A Bourch, le lavoir a aussi été parqué et les vaches sont devenues ses usagères exclusives, l'utilisant aussi parfois comme baignoire, et accentuant l'envasement progressif dû à quelques fuites sur l'abreuvoir. Les clôtures, les ronces, l'envasement finissent de fermer le site, et contribuent grandement à l'effacer du paysage comme des mémoires.

Bien sûr, il n'est plus question pour les habitants de venir y faire leur lessive, d'y nettoyer les boyaux du cochon... et le bétail de Lescure, pour se désaltérer, se satisfait du ruisseau qui y prend source.

 

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Mais ce lavoir a tout de même un plus qu'il faut que j'expose ici.

L'eau a toujours été un obstacle important pour le déplacement. Alors le plus ancien tracé routier, encore visible dans le paysage de l'Avantès, fit le choix pour rester à sec de traverser à la source.

L'ancienneté de ce chemin carrossable est attestée, entre Arize et Salat, par de nombreux équipements routiers, dont certains remontent au moins à Charlemagne :

  • Un lieu aux environs de Maury (Mas-d'Azil), appelé au XIème s Tavernulas (Taverne), devait tenir son nom d'un ancien relais d'hospitalité remplacé dans ce rôle au IXème s par l'abbaye bénédictine du Mas d'Azil.
  • Cette antiquité est attestée par tous les toponymes du premier millénaire (Bergerat, Audinac, Arnac, Sentenac, Dougnac, Samiac, Loubercenac...) qui en Couserans se concentrent à proximité du parcours.
  • Au Saret (Mas d'Azil), le nom ancien d'Estelette, comme Lestelle en Comminges, ou l'Etoile à Paris, désignait la bifurcation vers le Séronais, partie orientale et excentrée du Couserans.
  • A Peyrefitte (Lescure), en 1272, une borne (une pierre fichée?) marquait sur la route la limite comtale et diocésaine entre Foix et Couserans.
  • Dans le siècle précédant, le comte de Comminges avait construit son principal château en Couserans sur cette même route, à Montesquieu-Avantès.
  • Et en 1295, il permit aux hospitaliers de Saint-Jean d'équiper l'itinéraire d'un hopital à Audinac (Montjoie-en-Couserans).
  • Peu avant, l'évêque de Couserans et le roi de France, eux-même, avaient pris acte de l'importance de cette route pour le Couserans en y construisant la bastide fortifiée de Montjoie.

Selon Michel Rouche, il y eut sous Charlemagne une reprise en main de la voierie antique aux même fins de contrôle de l'empire. C'est dans cette optique que l'on peut voir l'installation des bénédictins au Mas d'Azil et leur domination sur la haute vallée de l'Arize, véritable relais de l'administration carolingienne. Alors, il fait peu de doute à observer la nature des vestiges comme son utilité première, que notre voie, plus qu'une création nouvelle, servait à l'origine à relier les agglomérations gallo-romaines de Saint-Girons/Saint-Lizier et Saint-Jean-de-Verges.

Pour revenir à notre lavoir, la source s'est donc trouvée dans l'emprise de cette route importante, rare point de stabilité au milieu d'un parcours fluctuant. Et le parcellaire environnant en garde évidemment la trace...

Voici comment j'en rendrai compte le 21...

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Cette route, ligne pérenne dans le paysage, servit donc à délimiter le territoire du comte de Comminges (Montesquieu) de celui de son vassal, le seigneur de Montégut-en-Couserans, (possédant les châteaux de Lescure et Camarade).P1000530

C'est pour cela qu'aujourd'hui, le lavoir-abreuvoir se trouve sur le domaine public, limitrophe des deux communes.

Et c'est peut-être aussi la raison principale du peu d'intérêt qu'il suscite. Périphérique, à l'écart des hameaux, caché dans les broussailles, l'appropriation collective de ce patrimoine s'est diluée progressivement.

Au point que, malgré qu'il soit cité parmi les 7 lavoirs  intéressants à réhabiliter sur le territoire du futur PNR (cf p.109 du rapport consultable sur www.projet-pnr-pyrenees-ariegeoises.com) , il n'a toujours pas pris le départ de la course aux subventions promises par cette structure.

P1000530_transp_redPour inverser la tendance, je ne vois qu'une seule solution, le faire connaître... Et la journée du 21 mars à Saint-Girons sera sûrement une bonne occasion.