12 novembre 2008

Randonnée à Mirabat

Parmi les nombreuses randonnées pédestre que nous offre la haute vallée du Salat, il y en a une que je vous conseille particulièrement : celle qui nous mène au château de Mirabat.

La communauté de communes du canton d'Oust (09), a eu la bonne idée de mettre en ligne son tracé sur le site http://www.tracegps.com/fr/parcours/circuit3288.htm, où vous trouverez un descriptif plus complet ainsi qu'un fichier GPS. Ce que je vous propose en bonus, c'est une représentation 3D interactive du tracé, tel qu'il y est archivé, et utilisant les textures que Google met à notre disposition (http://code.google.com/apis/maps/documentation/staticmaps).

Le site de Mirabat, dont le nomMirabat_avec_Seix__en_fond signifie "regarde le bas/la vallée", surplombe à 1270m la confluence du Salat et de l'Alet. Ces deux vallées amènent aux ports de Salau, d'Aula et de Couillac, cols transfrontaliers parmi les plus praticables des Pyrénées centrales. Il aurait pu s'appeler Miramont, tant le belvédère embrasse la crête des montagnes, mais sa vocation était bien de surveiller le fond de vallée.

Plus près du passage, le château plus récent de Lagarde et le pont de la Taule, viennent confirmer l'importance stratégique du lieu. La taula, (table en gascon) mentionnée en 1243, témoigne d'un probable ancien péage ou lieu de change. Il semble alors dans les mains de Roger de Balaguer. Ce même Roger (ou son successeur homonyme) était au nombre des 4 coseigneurs de Seix avec le Roi de France en 1270.

La présence du Roi à Seix est largement justifiée par l'intérêt qu'il porte au passage, et est à l'origine probable d'une légende tenace concernant Mirabat : le château serait l'oeuvre de Charlemagne...sans doute le pouvoir royal y voyait une justification ancienne à sa présence...l_equipe_de_fouille

Thibaut Lasnier qui y a effectué des sondages archéologiques en 2006, n'a pas trouvé d'indices plus ancien que le XIIIème siècle, une datation de la seconde moitié du XIIème siècle étant probable... (dans "Mirabat at et Sainte-Catherine, résultats des premières recherches archéologiques" ed. Syndicat Mixte du pays Couserans, 2006).

C'est d'ailleurs à la fin du XIIème siècle, que les hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem s'installèrent à Salau (puis plus tard à Isil sur le versant espagnol, à la suite des bénédictins du Mas d'Azil), attestant de la primauté de ce port sur ses voisins couserannais.


Mirabat_avec_Seix_en_fond_2

Toutefois, le formidable promontoire de Mirabat a toujours été. Il a pu être utilisé depuis bien longtemps (Thibaut y a aussi trouvé un tesson d'amphore antique), aussi loin qu'était pratiqué le port de Salau. Au surplomb même de ce village, un petit replat aménagé était nommé au XIII ème siècle, costoaga. Il est tentant de faire une analogie avec deux autres villages frontaliers en bout de vallée, coustouges/costogia (66) et coustouge/costoga (11). Ce dernier, bourg fortifié, était appelé par les carolingiens custodia (834), qui signifie en latin poste de garde...

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02 novembre 2008

Le château de Durban-sur-Arize, 09

Sur le même principe que ma video précédente sur le clocher de Noguès, voici une autre capture video d'une maquette 3D en VRML.

Celle-ci représente le château de Durban-sur-Arize, forteresse antique et médiévale sur laquelle j'ai fait une communication l'an dernier (lors du colloque "Pouvoirs Pyrénéens, de la résidence aristocratique au castrum", 27-28 octobre 2007, Seix, 09).

Cette présentation est un condensé de l'intervention, traitant essentiellement de l'architecture du lieu. J'y ai rajouté le nécessaire commentaire (dont vous excuserez la piètre qualité sonore).

En attendant, la parution des actes du colloque (vers avril 2009 ?), je vais évoquer brièvement l'histoire du lieu.

Durban désigne à l'origine l'éperon barré qui contrôle l'accès à la haute vallée de l'Arize (le Séronais). Le massif de l'Arize a ceci de particulier qu'il fut exploité pour ses ressources minières plus tôt que le reste du Couserans et de l'Ariège. Dès le IIe s. av. JC, cette économie était tournée vers le monde romain et logiquement sous le contrôle des Volsques Tectosages, gaulois de Toulouse. Durban, à l'étymologie celte, dominait l'Arize, vecteur privilégié de ces échanges.

La nature publique du lieu, semble confirmée par l'ampleur des fortifications (presque 9 Ha), et l'existence dès le VI-VIIème siècle, d'une importante nécropole. L'église Saint-Sernin qui, selon les textes, a précédé l'église romane Sainte-Marie fut sans  doute le premier lieu de culte chrétien en haute Arize, suivant peut-être de peu la création de l'évêché du Couserans.

Au IXème siècle, Durban et sa domination sur la vallée sont logiquement passés dans les mains de l'abbaye bénédictine du Mas d'Azil, nouvellement fondée et dotée par le pouvoir carolingien.

Au milieu du XI ème siècle, la féodalité suscitée par les familles comtales a poussé un laïc Guillaume Aton à venir y construire un château et y résider. Mais la réforme grégorienne a poussé ses descendants à restituer le château à Dieu et à l'abbé, qui le leur rendit en fief.

Durban_fig04

Cet équilibre négocié, a tenu un temps la haute Arize à l'écart des prétentions du comte de Foix. Mais le milieu du XIIIème siècle et l'issue de la croisade albigeoise,  a vu ce dernier devenir coseigneur des domaines de l'abbaye et Loup de Foix, son demi-frère, devenir seigneur de Durban.

L'intégration effective de la vallée au comté de Foix, fit progressivement perdre à Durban son statut d'unique forteresse. Les lieux du pouvoir public se déplacèrent vers d'autres châteaux et bastides nouvellement créés par le comte.

Le bâtiment continua d'être lieu de résidence. Il échappa aux destructions royales durant les guerres de religion, mais fut abandonné au milieu du XVII ème siècle.

Depuis 1990, il est la propriété de l'association Mille Pattes, qui vise à l'ouvrir au public. 

Posté par Denis Mirouse à 11:09 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
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