03 août 2009
Une visite au château de Montesquieu-Avantès
Le samedi 20 juin dernier, un certain nombre d'habitants du Volvestre organisés en association (PATRIMOINE ET PAYSAGES EN VOLVESTRE www.volvestre-patrimoine.info), ont remonté le cours du Volp jusqu’à Montesquieu-Avantès, pour approcher son célèbre réseau souterrain (www.cavernesduvolp.com), ainsi que le château-fort qui a donné son nom à la commune.
Pascal Audabram qui a particulièrement étudié l’architecture du site, ainsi que moi-même avons pu à cette occasion exposer quelques résultats de nos recherches, et profiter d’un auditoire attentif et avisé. Parmi eux Gérard Pradalié, enseignant-chercheur médiéviste aujourd'hui en retraite, porta notamment un regard indéniablement neuf sur le site. Il nous l'expose aujourd’hui dans son compte-rendu que je vous invite à lire .
(http://www.volvestre-patrimoine.info/index.php?option=com_content&task=view&id=55&Itemid=31)
Pascal et moi remercions cette association d’avoir porté l’attention sur ce patrimoine couserannais négligé. Elle nous donne aussi l’occasion d’apporter dans ce billet, quelques informations supplémentaires non négligeables.

Le château
Comme il est dit « le château de Montesquieu est un ensemble difficile à dater ». Sa forme, ses techniques de constructions ne se réfèrent pas au premier abord à des types connus qui nous les situeraient dans le temps. On n’y voit pas de donjon, une tour-maîtresse qui aurait servi de résidence, ou symbolisé la domination d'un seigneur. On y voit plutôt un ensemble de 3 enceintes concentriques qui auraient pu servir à protéger une population villageoise lors de périodes troublées. Et Gérard Pradalié a bien relevé l’usage fait de ces fortifications au XVIe s lors des guerres de religion.

plan du château réalisé par Pascal Audabram
Mais pourtant, à bien y regarder (et c’est ce que Pascal a fait depuis mars 2007 et une première visite de notre groupe de chercheurs chateaux09.free.fr), ce château n’est pas si différent des autres fortifications médiévales Couserannaises que nous commençons maintenant à mieux connaître.
Il ne faut pas s’étonner d’une « faible » épaisseur des murs (90cm), elle est commune à bien d’autres enceintes très proches, comme celle de Sainte-Catherine (Balaguères). Ces tours rondes et pleines rajoutées aux angles, se retrouvent aussi, dans une même configuration et facture, à Sainte-Catherine comme à Caumont. Et l’absence de tour maîtresse (que l’on observe aussi à Lescure) n’est peut-être, dans ces broussailles, qu’apparente, comme ce fut le cas à Sainte-Catherine et Mirabat (Seix), où seules les fouilles récentes ont révélé les bases de donjons.
Dans ces châteaux, les plus anciens indices d’occupation tendent vers la fin du XIIe s ou le tout début du XIIIe s. Celui de Montesquieu était lui aussi forcément construit en 1195 quand il donnait son nom, de mont « esquiu » (farouche) à la paroisse qui l’entoure (« ecclesiam de Monteschivo et de Miramonte cum decimis suis »). Il est ensuite confirmé comme château en 1295 (« castrum seu villam Montesquivi de Aventesio »). Et l’enceinte trapézoïdale, malgré son apparente régularité tient sa forme de ce qu’elle occupe le sommet du rocher dont elle suit le dessin, comme la majorité des fortifications médiévales de nos pays montagnards.
Laissons parler Pascal Audabram qui précise : "Les analogies entre les parements de divers sites couserannais étudiés dans mon mémoire de Master I et dans le cadre du PCR apparaissent également comme des indices supplémentaires d’ancienneté du site de Montesquieu.
Par exemple, l’enceinte inférieure paraît postérieure à l’enceinte supérieure. Elle est constituée d'un appareil différent qui évoque les procédés de construction en cours fin XIIIe, XIVe et au-delà (l’esthétisme de l'appareil passe au second plan). On retrouve ces analogies dans les murs de Caumont ou de l’enceinte extérieure de Cazavet.
L’enceinte supérieure présente davantage des caractéristiques de la fin du XIIe ou du début du XIIIe, où l'appareil est moins bien agencé qu'au cours du XIIe siècle, tout en conservant un aspect esthétique. On retrouve ces spécificités dans d'autres sites couserannais pouvant dater de la même période (enceinte supérieure de Cazavet ou enceinte extérieure de Durban par exemple)."
Une typochronologie qui a ses limites mais qui donne des repères solides.
Pascal a aussi retrouvé, dans le mur est, la trace de ce qui semblait être la porte unique et primitive. Elle était aménagée au point culminant et donnait donc sur un vide, un accès amovible. Une façon bien médiévale (XI-XIIIe) de protéger au mieux les entrées, que j’ai voulu illustrer par une petite reconstitution hypothétique.

Au regard de notre connaissance très partielle du site, et des données collectées au sein de notre Programme Collectif de Recherche ces dernières années (chateaux09.free.fr), c’est bien les XII-XIIIe siècle qu’on doit d'abord proposer pour dater cette enceinte sommitale.
Une fortification comtale
Au début du XIII°s, le comte de Comminges exerce une domination sur tout le Couserans (hormis le Séronais) . La vicomté du Couserans récemment extraite ne concerne que la haute vallée du Salat (en amont de Saint-Lizier) et reste sous la coupe du comte. Les domaines de l'évêché sont disputés (Saint-Lizier, Bédeille, Tourtouse, Montardit, Cérizol) mais ne sont mis sous la domination française qu’à partir de 1216 (Simon de Montfort). Le Castillonais et le Bas Salat (en aval de Saint-Lizier) dépendent alors toujours de Comminges.
A l’Est, Montesquieu et Contrazy ne sont donc pas seuls sous domination Commingeoise, il faut leur rattacher Lescure (aux mains du seigneur de Montégut, premier vassal du comte, ainsi que Camarade jusqu’en 1208) une bonne part de l’actuelle commune de Montjoie (Belloc, Audinac, Arnac, Lara...) et aussi les terres de Combelongue (jusqu’en 1272 pour devenir Rimont), c'est-à-dire probablement toute la contrée appelée alors Avantès. Ces terroirs se trouvent effectivement en avant, aux marges du comté, supposant l’aspect stratégique de leur fortification.

Limites orientales du comté de Comminges au début du XIIIe s
Et c’est un fait que la porte orientale du Couserans (et donc du Comminges) donne sur Montesquieu. Aucune autre route vers le comté de Foix que celle qui passe au pied du château n’a donné autant d’indices d’ancienneté et influé autant sur l’occupation du sol. La présence du château-fort de Montesquieu, seul édifice sous la domination directe du comte ne vient que confirmer l’importance de la route.
Les tours de flanquement
Les tours rondes et pleines rajoutées aux angles, si originales mais
pas uniques en Couserans, posent un problème spécifique. Je me dois de citer alors Philippe Rouch, concernant " Le château de Sainte-Catherine de Balaguères (canton de Castillon en Couserans, Ariège), un castrum de montagne, premiers résultats de la recherche" (dans Châteaux Pyrénéens au Moyen Age. Naissance, évolutions et fonctions des fortifications médiévales en Comté de Foix, Couserans et Comminges, La Louve Éditions, 2009, p.234-235) :
« En tous les cas, l’adjonction de cette tour pleine [il en a trouvé une seconde lors de la campagne 2008] semble répondre à un souci de militarisation de la partie seigneuriale…Le schéma technique de cette tour pourrait s’inspirer d’un modèle Philippien, au moins dans ses intentions, reconnu sur d’autres sites, notamment au château de Montesquieu-Avantès (09), où les tours rondes de dimensions voisines ont comme ici été accolées sans chainage à l’enceinte d’origine…Si l’on prend en compte les données archéologiques du sondage…les modifications importantes apportées à l’enceinte seigneuriale pourraient se placer dans une fourchette contemporaine de la deuxième moitié du XIII°s. »

Tour ronde dégagée à Sainte-Catherine (Balaguères)
Philippe situe donc aussi ces fortifications sommitales dans un contexte franchement médiéval. Et le regard « moderniste » de Gérard Pradalié sur le « fort » de Montesquieu (tel qu’appellé en 1642), proposant en filigrane les tours rondes comme le complément XVIe d’une fortification du XIVe s, constitue en conséquence une proposition originale, à même d’alimenter la recherche.
Recherche qui ne fait que commencer au château de Montesquieu-Avantès !
29 mai 2009
Alzen-Montels-Unjat, à propos historique sur la "voie verte" Foix/Saint-Girons
La création en cours d’une voie verte empruntant l’ancienne voie ferrée Foix/Saint-Girons s’inscrit dans une longue histoire des liaisons routières entre Ariège et Salat.
Faire communiquer ces deux bassins ne semble jamais avoir été simple, et, aujourd'hui encore, la distance qui sépare Foix de sa sous-préfecture Saint-Girons n'est pas que géographique. C'est sur cet axe que la frontière linguistique entre Gascogne et Languedoc était, il y a peu, la plus franche.
La vallée de l'Arize s'intercale, bien sûr, et a longtemps contribué à séparer les 2 zones culturelles. Elle s'est d'ailleurs toujours partagée historiquement entre les 2 influences, d'abord couseranaise pour partie, puis fuxéenne.
A l'origine,
c'est plus en aval, vers le Mas d'Azil, là où le bassin versant se resserre, que les communications semblaient les plus aisées.

Ainsi, la grotte du Mas d'Azil était pour les magdaléniens un point de rencontre et d'échange, un endroit au statut très particulier, qualifié de "super-site" par les préhistoriens. Il est d'ailleurs étonnant de constater que le Mas d'Azil, associé aux exceptionnelles grottes ornées voisines de Montesquieu-Avantès (http://www.cavernesduvolp.com/) et du Portel (cne de Baulou), dessinent le même itinéraire que celui qui fut pratiqué durant tout le premier millénaire entre Saint-Jean-de-Verges et Saint-Girons/Saint-Lizier (cf. une voie romaine en Couserans).
La géologie, à savoir le milieu karstique, y est sûrement pour beaucoup : pour les préhistoriques, bien sûr, ce terrain offrait des salles enfouies pour communiquer avec des mondes parallèles, et protéger des regards et des intempéries leurs oeuvres d'art ; et pour leurs successeurs, toutes ces eaux souterraines étaient autant d'obstacles en moins en surface pour voyager à sec (cf. la source de Bourch à Montesquieu-Avantès).
De la même manière, pour les populations nomades magdaléniennes, comme pour les besoins antiques, les enjeux n'étaient pas locaux mais régionaux. La haute vallée de l'Ariège étant très peu romanisée, Saint-Jean-de-Verges comme Saint-Girons/Saint-Lizier pouvaient apparaître autant comme des agglomérations routières (vicus) sur un axe secondaire Aude-Garonne de piémont (Carcassonne - Saint-Bertrand-de-Comminges) que comme des relais économiques avec la montagne indigène.
La création postérieure de la cité du Couserans, autant que la densification plus tardive du peuplement de la Haute Ariège, ne semblent pas avoir changé cet état de fait. Et au Xème siècle, Carcassonne, Foix, Couserans et Comminges sont encore sous une même autorité. Et le Mas d'Azil où se sont implantés des bénédictins reste le principal passage.
Les choses changèrent après l'an mil,
quand se constitua progressivement autour du château de Foix une entité administrative et politique importante, un comté médiéval.
L'intégration effective de la Haute-Arize à ce comté, bien que virtuelle depuis le début, ne s'est vraiment réalisée qu'au milieu du XIIIème siècle quand le comte négocia une part de la domination jusque là dévolue à l'abbaye du Mas d'Azil (et à quelques autres établissements monastiques, prémontrés de Combelongue, hospitaliers de Gabre et de Tor-Boulbonne).
Mais dès avant, l'axe Foix-Saint-Girons par le Séronais était devenu primordial, et avait fait l'objet des attentions des féodaux. Les seigneurs de Montégut-en-Couserans pour le comte de Comminges avaient fortifié Lescure (cf. la bielo de Lescure). Et la famille Amiel (de Rabat puis de Pailhès) tenait pour le comte de Foix au début du XIIIème siècle, les châteaux de Baulou et de Cadarcet, jalonnant un premier itinéraire au départ de Foix, que reprendra la voie ferrée et notre actuelle voie verte.
Alors à la jonction avec les autres chemins passant par Caralp et son château (col del Bouich ou Tresbens, notre actuelle RD117), s'est mis en place, sous la direction de ces mêmes seigneurs de Rabat/Pailhès, un système de 3 châteaux qu'il est intéressant de détailler :
Le premier d'entre eux, était Alzen, mentionné dès 1167. Il est possible que ce dernier, si haut perché, et dont le comte de Toulouse affirme la supériorité, soit bien plus ancien. Les vestiges architecturaux nous manquent pour en attester.
Le second lui fait face, à Unjat (cne La-Bastide-de-Sérou). Probablement construit au début du XIIIème siècle, il domine à la fois un terroir ancien (ancienneté dont témoigne une auge cinéraire gallo-romaine remployée à côté de l'église), et surveille la serre de Cor (cne Cadarcet), un axe naturel entre Saint-Jean-de-Verges et Séronais. Alzen et Unjat encadrent déjà l'axe naissant Foix-Saint-Girons, tout en jalonnant un itinéraire, Rabat-Pailhès passant par Gabre et Sabarat (autant de villages qui étaient originellement de la seigneurie des Amiel). Nul doute qu'une domination sur une telle étendue, comme celle de l'abbaye du Mas d'Azil sur la haute vallée de l'Arize, a une origine carolingienne.

L'auge cinéraire d'Unjat figure, en face avant, le buste de 2 gallo-romains dont il abritait les cendres.
Au milieu du XIIIème siècle, alors que les tumultes liés à la croisade albigeoise aboutissent notamment à un conflit entre Toulouse et Foix, et que le passage en Séronais devient fuxéen, Bernard Amiel de Pailhès se rebiffe et ne veut plus reconnaitre la suzeraineté du comte de Foix sur ses châteaux (1243). Parmi ces châteaux , figurent Alzen et Unjat bien sûr, mais aussi au point de jonction de tous ces itinéraires, une troisième fortification, celle de Montels.

Le promontoire d'Alzen, la route et les douves du château de Montels (vus depuis la voie verte)
Cette dernière, bien que totalement arasée, se devine toujours entre la RD117 et la voie verte. En fond de vallée, protégée par des fossés, on peut en apercevoir les fondations par temps très sec. Et il faut imaginer la route médiévale au plus proche, longeant ensuite l'Aujolle en rive droite en direction de la bastide de Sérou et de la bastide d'Antusan (Tour du Loup) puis Castelnau-Durban, autant de créations fuxéennes.

Traces de la fortification de Montels à Manchifrotte et la voie verte en arrière-plan
La construction de Montels au plus près de la route et dans l'alignement exact de ses 2 grands frères, apparait alors autant comme la prise en compte de l'augmentation des échanges entre ces agglomérations qui se créent (bastides) que comme la matérialisation du conflit Pailhès-Foix (qui aura des conséquences administratives jusqu'à la révolution).

"Alzen en Languedoc, Labastide de Cerou en Foix" (plan de la seigneurie de Castelnau, 1698 ADA36J)
Un péage y a alors été probablement établi, et la mauvaise réputation du relais routier s'est perpétuée jusqu'à nos jours dans la toponymie des lieux, Manchifrotte (="Mal s'y frotte").

Malchifrotte relais sur les routes du début du XVIII°s (carte de La Blottières vers 1730)
Pour plus de renseignements sur ces problèmes de chemins et l'histoire castrale mouvementée de la Haute-Arize, je vous invite à vous procurer l'ouvrage collectif auquel j'ai contribué sur ce sujet et qui vient de sortir...
20 mars 2009
Du neuf à Bourch
Un courageux bucheron a eu la bonne idée de venir faire du bois sur la parcelle attenante au lavoir (côté Lescure). Que ce Couseranais soit remercié, car maintenant on peut voir le lavoir depuis la route (celle de la fin du XVIII°s). Et nul doute que cela peut contribuer grandement à le sortir de l'oubli...
Un petit panoramique à 360° pour fêter l'évènement.
14 mars 2009
Le lavoir-abreuvoir de Bourch (Montesquieu-Avantès et Lescure, 09)
Le 21 mars prochain, l'office de tourisme de Saint-Girons, à l'occasion de la journée mondiale de l'eau, rassemblera nombre d'associations, organismes ou acteurs locaux directement ou indirectement intéressés par ce thème.
Il m'a été proposé d'avoir un stand et d'exposer quelques panneaux ce jour-là sur le lavoir de Bourch, car j'ai l'objectif d'intéresser un maximum de personnes à son sort (à défaut un minimum pourrait suffire), pour envisager les moyens de sa sauvegarde.
Depuis sa construction, (au courant du XIXème siècle?) il semble avoir constamment été bichonné par ses usagers : les habitants de Bourch (Montesquieu-Avantès), autant que ceux de Samiac (Lescure) et bien sûr leur bétail qui venait s'y abreuver.
Et paradoxalement, il nous est parvenu sans aucune transformation importante, sans "bétonnage", toujours constitué de ces dalles calcaires jointives, maçonnées à la chaux. Il conserve donc toujours son aspect originel et vernaculaire (hormis les tuiles plates, qui, il y a quelques décennies, ont remplacé les tuiles canal).
On peut se réjouir qu'il ait gardé aussi un usage agricole. Mais cette utilisation qui a été jusque là sa chance pourrait peut-être signifier prochainement sa perte. Aujourd'hui les pratiques ont changé. On ne mène plus le bétail, mais on le parque. A Bourch, le lavoir a aussi été parqué et les vaches sont devenues ses usagères exclusives, l'utilisant aussi parfois comme baignoire, et accentuant l'envasement progressif dû à quelques fuites sur l'abreuvoir. Les clôtures, les ronces, l'envasement finissent de fermer le site, et contribuent grandement à l'effacer du paysage comme des mémoires.
Bien sûr, il n'est plus question pour les habitants de venir y faire leur lessive, d'y nettoyer les boyaux du cochon... et le bétail de Lescure, pour se désaltérer, se satisfait du ruisseau qui y prend source.

Mais ce lavoir a tout de même un plus qu'il faut que j'expose ici.
L'eau a toujours été un obstacle important pour le déplacement. Alors le plus ancien tracé routier, encore visible dans le paysage de l'Avantès, fit le choix pour rester à sec de traverser à la source.
L'ancienneté de ce chemin carrossable est attestée, entre Arize et Salat, par de nombreux équipements routiers, dont certains remontent au moins à Charlemagne :
- Un lieu aux environs de Maury (Mas-d'Azil), appelé au XIème s Tavernulas (Taverne), devait tenir son nom d'un ancien relais d'hospitalité remplacé dans ce rôle au IXème s par l'abbaye bénédictine du Mas d'Azil.
- Cette antiquité est attestée par tous les toponymes du premier millénaire (Bergerat, Audinac, Arnac, Sentenac, Dougnac, Samiac, Loubercenac...) qui en Couserans se concentrent à proximité du parcours.
- Au Saret (Mas d'Azil), le nom ancien d'Estelette, comme Lestelle en Comminges, ou l'Etoile à Paris, désignait la bifurcation vers le Séronais, partie orientale et excentrée du Couserans.
- A Peyrefitte (Lescure), en 1272, une borne (une pierre fichée?) marquait sur la route la limite comtale et diocésaine entre Foix et Couserans.
- Dans le siècle précédant, le comte de Comminges avait construit son principal château en Couserans sur cette même route, à Montesquieu-Avantès.
- Et en 1295, il permit aux hospitaliers de Saint-Jean d'équiper l'itinéraire d'un hopital à Audinac (Montjoie-en-Couserans).
- Peu avant, l'évêque de Couserans et le roi de France, eux-même, avaient pris acte de l'importance de cette route pour le Couserans en y construisant la bastide fortifiée de Montjoie.
Selon Michel Rouche, il y eut sous Charlemagne une reprise en main de la voierie antique aux même fins de contrôle de l'empire. C'est dans cette optique que l'on peut voir l'installation des bénédictins au Mas d'Azil et leur domination sur la haute vallée de l'Arize, véritable relais de l'administration carolingienne. Alors, il fait peu de doute à observer la nature des vestiges comme son utilité première, que notre voie, plus qu'une création nouvelle, servait à l'origine à relier les agglomérations gallo-romaines de Saint-Girons/Saint-Lizier et Saint-Jean-de-Verges.
Pour revenir à notre lavoir, la source s'est donc trouvée dans l'emprise de cette route importante, rare point de stabilité au milieu d'un parcours fluctuant. Et le parcellaire environnant en garde évidemment la trace...
Voici comment j'en rendrai compte le 21...

Cette route, ligne pérenne dans le paysage, servit donc à délimiter le territoire du comte de Comminges (Montesquieu) de celui de son vassal, le seigneur de Montégut-en-Couserans, (possédant les châteaux de Lescure et Camarade).
C'est pour cela qu'aujourd'hui, le lavoir-abreuvoir se trouve sur le domaine public, limitrophe des deux communes.
Et c'est peut-être aussi la raison principale du peu d'intérêt qu'il suscite. Périphérique, à l'écart des hameaux, caché dans les broussailles, l'appropriation collective de ce patrimoine s'est diluée progressivement.
Au point que, malgré qu'il soit cité parmi les 7 lavoirs intéressants à réhabiliter sur le territoire du futur PNR (cf p.109 du rapport consultable sur www.projet-pnr-pyrenees-ariegeoises.com) , il n'a toujours pas pris le départ de la course aux subventions promises par cette structure.
Pour inverser la tendance, je ne vois qu'une seule solution, le faire connaître... Et la journée du 21 mars à Saint-Girons sera sûrement une bonne occasion.
08 mars 2009
La Bielo de Lescure
C’est comme cela que le cadastre transcrit le nom de la viela de Lescure.
Et aujourd’hui, les habitants l’appellent le village (une des traductions possibles du gascon viela), oubliant quelque peu ses origines médiévales mais reconnaissant ainsi que c’est à partir de ce hameau, plus que de tous les autres, que la seigneurie puis la commune s’est créée.

Le château (façade nord)
La viela est une agglomération villageoise qui s’est développée autour d’un château féodal (castrum mentionné en 1276) puis s’est entourée de remparts. Rien que de très classique, mais les vestiges visibles laisse imaginer une histoire plus complexe.
Le nom du lieu « la escura » (mentionné en 1183) n’évoque pas une fortification, mais une grange, une écurie, donc plutôt un habitat voué aux activités agricoles. On peut alors raisonnablement supposer que l’église dédiée à Saint-Michel, bien extérieure au château (et mentionnée avant lui en 1195), l’a aussi précédé. De plus cette église semble avoir été elle-même incluse dans une enceinte indépendante...

Vestiges de l'enceinte ecclésiale (angle sud-est)
Mais comme ni les textes, ni l’archéologie, ne sont prolixes sur Lescure, il était intéressant de faire parler sa structure même, sa forme. Cette morphologie ne semble d’ailleurs pas avoir beaucoup évolué depuis la fin du Moyen-âge, et le cadastre actuel en rend compte.
Ce plan cadastral permet (assorti des quelques observations de terrain indispensables) de proposer des phases dans le développement :

Phases du développement du village de Lescure
- Construction d’une église dédiée à Saint-Michel, centre d'un terroir desservi par une voie naturelle (une crête ou serre) depuis la voie antique (Montesquieu-Avantès) (entre le IXème et le XIIème siècle?).
- Construction d’un castrum (logis seigneurial et village castral) sur cette route qui dessert le Séronais et Foix, sur le point culminant et en bordure du plateau, par le seigneur de Montégut-en-Couserans, (fin XIIe siècle-début XIIIe siècle).
- Agglomération de l'habitat autour de l'église dans une enceinte indépendante du castrum (et donc du seigneur laïque?) (fin XIIIe siècle ou "fort villageois" du XIVe siècle?).
- Extension ou déplacement du village castral vers le sud.
- Extension vers l'ouest de l'enceinte ecclésiale et jonction des deux fortifications.
- Le vaste village fortifié ainsi créé, la viela, aboutit finalement à une forme plus compacte en repoussant un peu plus au nord et au sud, l’enceinte. Il atteint alors son étendue définitive.
Il va sans dire que ce phasage reste hypothétique tant qu'on n'aura pas fait parler un peu plus les archives, notamment celles du sol...
23 janvier 2009
Souscription
Que dire de plus que ce qui suit...
Châteaux pyrénéens au Moyen Âge
Naissance, évolutions et fonctions des fortifications médiévales en comtés de Foix, Couserans et Comminges
Sous la direction de Florence Guillot
Cet ouvrage, largement illustré, présente les travaux d’une quinzaine de chercheurs de tous horizons, réunis pour partager et faire partager leurs recherches sur les châteaux pyrénéens des comtés de Foix, Couserans et Comminges au Moyen Âge. Historiens, archéologues, passionnés, ils étudient les fortifications médiévales dans ces comtés montagnards dont l'histoire est haute en couleur.
Derrière les monuments ruinés qui égrènent leurs murailles dans les vallées pyrénéennes, ces chercheurs dévoilent peu à peu un monde attachant, chargé d'émotions et d'Histoire. D'Aspet à la vallée de l'Ariège, ils s'intéressent à toutes les facettes de l'histoire de ces châteaux, leur histoire politique et celle de leurs seigneurs, et ils étudient les vestiges, font “parler” les sols, nous emmenant à la rencontre vivante d’un monde particulier qui n’a pas fini de livrer tous ses secrets.
Un premier bilan de ces recherches a été présenté à Seix, en Ariège, en octobre 2007 : elles sont rassemblées ici afin que chacun, aisément, puisse à son tour partir à la découverte de ces ruines majestueuses et de leur histoire.
Je dois préciser tout de même que j'ai contribué à cet ouvrage à paraître fin avril 2009. J'y traite dans deux articles, des sujets que je connais le mieux, à savoir le château de Durban-sur-Arize (Le site castral de Durban-sur-Arize, première approche architecturale), et son contexte médiéval (Géographie castrale de la haute Arize au moyen-âge central).
Bien entendu, en anticipant votre achat (avant le 15 avril), vous ferez une économie non négligeable (20+3 euros au lieu de 27) et vous encouragerez un éditeur régional et méritant, à continuer de publier des ouvrages à vocation scientifique (mais accessible).
Quant à notre groupe de chercheur, animé par Florence Guillot (http://chateaux09.free.fr/), les encouragements de ce type ne le mettront pas au repos, bien au contraire.
Pour télécharger le bon de souscription...
10 janvier 2009
Voeux antiques, pas en toc
A l'époque antique, pour que ses voeux se réalisent, on bénéficiait des appuis divins. Valerius Justus, habitant gallo-romain de Lescure, a semble-t-il bénéficié de l'aide de Jupiter. Ses voeux de beau temps ont probablement été exaucés, et sans doute les récoltes ont été exceptionnelles, car ses bénéfices d'alors lui ont permis de faire graver ses remerciements à Jupiter dans un beau bloc de marbre blanc (de Saint-Béat?) pour rappeler que :
I(ovi) O(ptimo) M(aximo) [a Jupiter, très bon, très grand]
AUCTORI BONARUM TEMPESTATIUM [garant des bonnes saisons]
VAL(erius) JUSTUS 
Ce magnifique autel votif d'1,20m de haut est parmi les plus beaux mobiliers antiques découverts en Ariège.
Il était en remploi au XVIIIème siècle, dans l'église aujourd'hui disparue de Saint-Aignan, à Lescure.
Les paroissiens l'utilisèrent ensuite comme support de Bénitier dans l'église paroissiale de Lescure jusqu'au début du XIXème siècle où il fut déposé au musée départemental.
S'il n'était propriété du département de l'Ariège et difficilement transportable, il aurait sûrement trouvé sa place dans l'exposition actuelle du musée Saint-Raymond de Toulouse "MARBRES, HOMMES ET DIEUX" parmi 2 autels comparables de même grandeur (le notre est tout de même représenté sur un grand panneau pédagogique).
Il est actuellement visible au château de Foix parmi quelques chapiteaux romans.
Malheureusement, encore en transit (pour rejoindre dans quelques années la collection antique du musée du palais des évêques de Saint-Lizier, dont il constituera sans doute un des pièces maîtresse), il ne bénéficie actuellement d'aucune signalétique.
A défaut d'aller au château de Foix, je vous invite à le découvrir virtuellement sur le site de sa découverte (grâce au plugin googleearth qui est un bien meilleur moteur 3D que celui en Flash utilisé au dessus).
Un espace voué aux cultes depuis bien longtemps, et toujours appelé "la gleise" (l'église) : invocant Jupiter, il y a 2000 ans ; dédié au christ et à Saint Aignan, il y a 800 ans ; et depuis peu, au ballon rond...
12 novembre 2008
Randonnée à Mirabat
Parmi les nombreuses randonnées pédestre que nous offre la haute vallée du Salat, il y en a une que je vous conseille particulièrement : celle qui nous mène au château de Mirabat.
La communauté de communes du canton d'Oust (09), a eu la bonne idée de mettre en ligne son tracé sur le site http://www.tracegps.com/fr/parcours/circuit3288.htm, où vous trouverez un descriptif plus complet ainsi qu'un fichier GPS. Ce que je vous propose en bonus, c'est une représentation 3D interactive du tracé, tel qu'il y est archivé, et utilisant les textures que Google met à notre disposition (http://code.google.com/apis/maps/documentation/staticmaps).
Le site de Mirabat, dont le nom
signifie "regarde le bas/la vallée", surplombe à 1270m la confluence du Salat et de l'Alet. Ces deux vallées amènent aux ports de Salau, d'Aula et de Couillac, cols transfrontaliers parmi les plus praticables des Pyrénées centrales. Il aurait pu s'appeler Miramont, tant le belvédère embrasse la crête des montagnes, mais sa vocation était bien de surveiller le fond de vallée.
Plus près du passage, le château plus récent de Lagarde et le pont de la Taule, viennent confirmer l'importance stratégique du lieu. La taula, (table en gascon) mentionnée en 1243, témoigne d'un probable ancien péage ou lieu de change. Il semble alors dans les mains de Roger de Balaguer. Ce même Roger (ou son successeur homonyme) était au nombre des 4 coseigneurs de Seix avec le Roi de France en 1270.
La présence du Roi à Seix est largement justifiée par l'intérêt qu'il porte au passage, et est à l'origine probable d'une légende tenace concernant Mirabat : le château serait l'oeuvre de Charlemagne...sans doute le pouvoir royal y voyait une justification ancienne à sa présence...
Thibaut Lasnier qui y a effectué des sondages archéologiques en 2006, n'a pas trouvé d'indices plus ancien que le XIIIème siècle, une datation de la seconde moitié du XIIème siècle étant probable... (dans "Mirabat at et Sainte-Catherine, résultats des premières recherches archéologiques" ed. Syndicat Mixte du pays Couserans, 2006).
C'est d'ailleurs à la fin du XIIème siècle, que les hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem s'installèrent à Salau (puis plus tard à Isil sur le versant espagnol, à la suite des bénédictins du Mas d'Azil), attestant de la primauté de ce port sur ses voisins couserannais.
Toutefois, le formidable promontoire de Mirabat a toujours été. Il a pu être utilisé depuis bien longtemps (Thibaut y a aussi trouvé un tesson d'amphore antique), aussi loin qu'était pratiqué le port de Salau. Au surplomb même de ce village, un petit replat aménagé était nommé au XIII ème siècle, costoaga. Il est tentant de faire une analogie avec deux autres villages frontaliers en bout de vallée, coustouges/costogia (66) et coustouge/costoga (11). Ce dernier, bourg fortifié, était appelé par les carolingiens custodia (834), qui signifie en latin poste de garde...
02 novembre 2008
Le château de Durban-sur-Arize, 09
Sur le même principe que ma video précédente sur le clocher de Noguès, voici une autre capture video d'une maquette 3D en VRML.
Celle-ci représente le château de Durban-sur-Arize, forteresse antique et médiévale sur laquelle j'ai fait une communication l'an dernier (lors du colloque "Pouvoirs Pyrénéens, de la résidence aristocratique au castrum", 27-28 octobre 2007, Seix, 09).
Cette présentation est un condensé de l'intervention, traitant essentiellement de l'architecture du lieu. J'y ai rajouté le nécessaire commentaire (dont vous excuserez la piètre qualité sonore).
En attendant, la parution des actes du colloque (vers avril 2009 ?), je vais évoquer brièvement l'histoire du lieu.
Durban désigne à l'origine l'éperon barré qui contrôle l'accès à la haute vallée de l'Arize (le Séronais). Le massif de l'Arize a ceci de particulier qu'il fut exploité pour ses ressources minières plus tôt que le reste du Couserans et de l'Ariège. Dès le IIe s. av. JC, cette économie était tournée vers le monde romain et logiquement sous le contrôle des Volsques Tectosages, gaulois de Toulouse. Durban, à l'étymologie celte, dominait l'Arize, vecteur privilégié de ces échanges.
La nature publique du lieu, semble confirmée par l'ampleur des fortifications (presque 9 Ha), et l'existence dès le VI-VIIème siècle, d'une importante nécropole. L'église Saint-Sernin qui, selon les textes, a précédé l'église romane Sainte-Marie fut sans doute le premier lieu de culte chrétien en haute Arize, suivant peut-être de peu la création de l'évêché du Couserans.
Au IXème siècle, Durban et sa domination sur la vallée sont logiquement passés dans les mains de l'abbaye bénédictine du Mas d'Azil, nouvellement fondée et dotée par le pouvoir carolingien.
Au milieu du XI ème siècle, la féodalité suscitée par les familles comtales a poussé un laïc Guillaume Aton à venir y construire un château et y résider. Mais la réforme grégorienne a poussé ses descendants à restituer le château à Dieu et à l'abbé, qui le leur rendit en fief.
Cet équilibre négocié, a tenu un temps la haute Arize à l'écart des prétentions du comte de Foix. Mais le milieu du XIIIème siècle et l'issue de la croisade albigeoise, a vu ce dernier devenir coseigneur des domaines de l'abbaye et Loup de Foix, son demi-frère, devenir seigneur de Durban.
L'intégration effective de la vallée au comté de Foix, fit progressivement perdre à Durban son statut d'unique forteresse. Les lieux du pouvoir public se déplacèrent vers d'autres châteaux et bastides nouvellement créés par le comte.
Le bâtiment continua d'être lieu de résidence. Il échappa aux destructions royales durant les guerres de religion, mais fut abandonné au milieu du XVII ème siècle.
Depuis 1990, il est la propriété de l'association Mille Pattes, qui vise à l'ouvrir au public.
27 octobre 2008
Notre-Dame-du-Clocher à Noguès, Lescure (09)
Pour prolonger un billet précédent qui traite d'une randonnée au départ du clocher de Noguès, je me suis résolu à mettre en ligne une maquette virtuelle des vestiges de cette église.
La maquette est en VRML (Virtual Reality Markup Language), un des rares format standard pour la 3D sur le WEB. Mais ce standard semble tomber en désuétude. Et de toute façon, il faut un plugin que vous n'avez surement pas. J'ai donc préféré faire une capture video de sa visualisation (avec Cortona Player). Et tant pis pour l'interactivité.
Dailleurs, cela m'a permis au passage d'y rajouter un peu de musique (extrait de "Relayer", Yes).
Ce n'est qu'une maquette partielle réalisée en mai 2006, pour tester une méthode et un outil de modélisation architecturale. En l'occurence, il s'agissait de restituer des vestiges, des murs qui ont subi les outrages du temps, des objets architecturaux qui ne peuvent se réduire à des primitives géométriques simples. L'outil que j'ai développé, a aussi l'ambition de permettre une analyse du bâti, en isolant des murs, et dans ces murs des unités stratigraphiques...et pourquoi pas leurs relations.
Ainsi, vous pourrez identifier dans une des parois de la nef, l'encadrement d'une porte en plein cintre et d'un angle de mur, seuls vestiges visibles de l'église romane Sainte-Marie Descofin mentionnée en 1195.
Cette église est devenue, vers la fin du Moyen-âge, l'église paroissiale de la communauté de Lescure. Elle fut agrandie et dotée d'un clocher monumental, sur le modèle de celui de Saint-Sernin de Toulouse.
Mais l'église est restée isolée de l'habitat, uniquement entourée de cyprès. Et peut-être est-ce la raison de sa ruine au courant du XXe siècle...
Aujourd'hui, cet environnement préservé, cet isolement, la singularise et lui confère un fort pouvoir d'évocation. Elle est devenue emblématique de la commune de Lescure.
Une association (Assoc. des Amis du Clocher de Noguès, mairie 09420 Lescure, clocher.nogues@laposte.net ) s'est constituée pour aider la municipalité dans son projet de sauvegarde. Mais la tâche s'avère coûteuse.
Alors, il reste à faire connaître le lieu (à l'écart des routes et des regards) pour que l'intérêt qu'il suscite dépasse le cadre communal... Peut-être cette représentation virtuelle, même inachevée, y contribuera.



